Les cigarettes électroniques sont-elles dangereuses?
En Suisse, on ne peut pas vendre de cigarettes électroniques contenant de la nicotine. Les études sur la toxicité exacte du produit étant en cours, leur consommation se fait au risque de l’utilisateur.
C’est une trainée de poudre: la cigarette électronique séduit de plus en plus de fumeurs de tabac à travers le monde. Du moins dans les pays qui ne l’interdisent pas. Car cet ustensile dérange à bien des titres. Il commence à gêner au plus haut point les fabricants et les distributeurs de cigarettes et autres produits du tabac. Il embarrasse les autorités sanitaires qui ne savent pas comment le prendre en compte (s’agit-il d’un médicament? est-il efficace? est-il dangereux?). Jusqu’aux responsables d’associations de lutte contre le tabac: ils voient souvent là une forme de «cache-sexe»: la cigarette électronique ne permet pas à leurs yeux de réaliser une totale rupture avec la dépendance. L’utilisateur ne serait pas libéré de sa drogue. Pire: il peut utiliser son ustensile dans des lieux publics où le tabac est devenu interdit du fait des dangers inhérents au tabagisme passif.
Quant aux médecins, ils ne savent pas sur quel pied danser. En France, le Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste de pneumologie (groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière, Paris) et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFDT): «En tant que médecin, je ne peux pas recommander la cigarette électronique. Mais je laisserais faire un gros fumeur qui veut s’y mettre. Avec la cigarette, c’est 50% de chances de se tuer. Avec la cigarette électronique, on ne sait pas trop mais, a priori, c’est moins.» Bien des fumeurs aimeraient un peu plus de précisions. En voici les principales.
La cigarette électronique est-elle toxique?
Aussi curieux que cela puisse paraître la réponse à cette question n’est pas simple. Le simple bon sens (et quelques travaux) laisse entendre que l’e-cigarette devrait être moins nocive que le tabac : elle ne contient pratiquement aucun des innombrables composés et produits toxiques présents dans la fumée des vraies cigarettes (au premier rang desquelles le monoxyde de carbone et les goudrons). Il reste toutefois à évaluer la toxicité à long terme des vapeurs de propylène glycol et de glycérine, substances qui sont ici vaporisées. Ces deux substances sont utilisées dans l’alimentation. Le propylène glycol est une substance peu connue du grand public. Il peut servir d’émulsifiant dans les sauces et assaisonnement et de solvant dans les arômes liquides. On le retrouve aussi en cosmétologie et en pharmacie. La glycérine (glycérol) est un produit qui peut être utilisé comme additif alimentaire (E422) en tant qu’humectant, solvant, émulsifiant, stabilisant ou épaississant. Il donne également au vin son onctuosité. Toute la question est ici de savoir si ces deux substances perdent ou pas leur innocuité dès lors qu’elles sont non plus consommées par voie orale mais inhalées sous forme de nano-gouttelettes dans les poumons, via les e-cigarettes. Et on ne dispose pas de la réponse.
Il faut également tenir compte de l’absence de contrôles rigoureux quant à la provenance et à la qualité des produits qui sont inhalés.
Existe-t-il un «vapotage passif» comme il existe un tabagisme passif?
La réponse à cette question dépend en grande partie des réponses aux questions précédentes. Quelques travaux démontrent que l’on retrouve dans l’atmosphère d’un lieu fermé certains des composés organiques volatils (COV) issus de l’utilisation des cigarettes électroniques. On retrouve aussi dans cette atmosphère du propylène glycol. Mais que peut-on raisonnablement en conclure tant que l’on n’aura pas tranché la question pour les «vapoteurs» eux-mêmes? Et, d’ici là, comment pourrait-on interdire l’usage de la cigarette électronique dans les espaces publics?
Que penser de la nicotine?
Le développement rapide de la cigarette électronique conduit à poser d’une nouvelle manière la question très polémique du rôle de la nicotine dans la dépendance des fumeurs au tabac. C’est aussi poser la question de l’inefficacité relative des traitements substitutifs à la nicotine (gommes à mâcher et patches). Deux camps s’opposent ici: les tabacologues et certains biologistes de l’addiction parmi lesquels, en France, Jean-Pol Tassin (Institut national de la santé et de la recherche médicale) qui mène depuis plusieurs années des travaux très spécialisés sur ce sujet. La question est dès lors de savoir si les cigarettes électroniques (celles avec ou celles sans nicotine) sont plus efficaces en terme de sevrage que les substituts.
La quasi-totalité des études qui désignent la nicotine comme hautement toxique pour l’homme l’ont été dans le cadre de recherches menées dans le cadre de la consommation de tabac. Qu’en est-il de la nicotine seule? Il est curieux que l’on n’en sache guère plus sur le sujet.
Pour résumer
On peut se reporter à la synthèse sur l'efficacité et l'innocuité de la cigarette électronique a publiée en 2011 dans Journal of Public Health Policy (résumé ici-même). Conclusions générales: la cigarette électronique contiendrait peu ou pas de produits chimiques susceptibles de présenter des risques sérieux pour la santé; les cigarettes électroniques pourraient être moins nocives que les cigarettes ordinaires et comparables, en termes de toxicité, aux spécialités pharmaceutiques contenant de la nicotine (timbres, gommes, inhalateurs); les cigarettes électroniques pourraient être efficaces contre l'envie de fumer, notamment parce qu'elles simulent l'acte de fumer une cigarette de tabac; elles pourraient se révéler supérieures en efficacité aux autres méthodes d'auto-administration de la nicotine notamment parce que les stimuli associés à l'acte gestuel de fumer du tabac ont un effet durable contre les symptômes du sevrage.
On observera que toutes ces conclusions sont au conditionnel. A suivre, donc.
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Chaque année en Suisse, on dénombre environ 4100 nouveaux cas de cancer du poumon (carcinome bronchique), ce qui représente 10 % de toutes les maladies cancéreuses. Le cancer du poumon touche plus souvent les hommes (62 %) que les femmes (38 %). C’est le deuxième cancer le plus fréquent chez l’homme, et le troisième chez la femme. C’est aussi le plus meurtrier, avec 3100 décès par an.