Allergies au pollen: de quelles plantes faut-il se méfier?
Le mal est fréquent: 15 à 20% des Suisses souffrent chaque année d’allergies aux pollens. Tous ces grains émanant des fleurs ne sont pas pour autant nuisibles au système respiratoire. Pour provoquer une allergie, ils doivent être suffisamment légers pour pouvoir être transportés par le vent –certains peuvent alors parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres– et atteindre les muqueuses de notre nez, de nos yeux, de notre pharynx ou de nos poumons. Les conditions météorologiques jouent donc un rôle crucial dans l’affaire: il n’y a rien de tel qu’un vent sec, comme la bise, pour disperser les poussières végétales, alors qu’une longue période humide permet au contraire de les rabattre. En revanche, il n’y a rien à craindre «des pollens les plus lourds, comme ceux de pin, qui tombent au pied des arbres», précise François Spertini, médecin-chef au service d’immunologie et d’allergie du CHUV.
Sous sa coque, un grain de pollen cache par ailleurs de nombreuses protéines. Une seule d’entre elles ne suffit pas à provoquer des réactions. «Si vous inhaliez par exemple une seule protéine de bouleau, vous ne risqueriez probablement rien.» Mais le pollen de cet arbre comme de bien d’autres renferme aussi d’autres substances qui jouent le rôle d’adjuvant et déclenchent en fin de compte une réponse allergique. Chez les personnes prédisposées aux allergies, elles agissent comme «un deuxième signal, dit le spécialiste du CHUV, et donnent un coup de pouce incitatif au système immunitaire». Celui-ci réagit alors à l’allergène inoffensif, comme il le ferait face à un dangereux agent pathogène, et provoque des inflammations des muqueuses.
Différentes familles
En Suisse, les plantes dont les pollens provoquent le plus grand nombre d’allergies peuvent être classées en différentes familles, qui dispersent leurs pollens les unes après les autres, entre mi-février et novembre (voir encadré ci-dessous).
Deux d’entre elles ouvrent la saison des allergies. Il s’agit des bétulacées, qui renferment l’aulne, le bouleau ou le noisetier, et des Fagaceae dont font partie le hêtre et le chêne. Puis viennent les oléacées, dont un représentant est le frêne, suivies des graminées «qui constituent une très grande famille végétale. Elle compte dans ses rangs les céréales (blé, orge, maïs, avoine, seigle), mais aussi la dactyle, la fléole des près, etc.», précise François Spertini. Les herbacés ferment le ban: ils regroupent l’armoise, l’ambroisie, mais aussi diverses mauvaises herbes comme le chénopode ou le solidage (appelé aussi «verge d’or»).
Allergies croisées
Les pollens d’une plante donnée se dispersent pendant plusieurs semaines ou mois. Au début et à la fin de leurs saisons respectives, ils ne provoquent que peu de réactions. C’est en fait au «milieu de la période de floraison qu’apparaît un pic des allergies», constate l’allergologue vaudois.
Un individu qui réagit au pollen de bouleau en sentira ainsi les effets surtout au milieu du mois d’avril. Mais ses souffrances n’en seront pas finies pour autant. A l’exception des graminées, les membres d’une même famille végétale possèdent en effet «plusieurs protéines identiques. C’est ce qui explique qu’une personne allergique au bouleau le sera aussi, dans la plupart des cas, au noisetier ou à l’aulne».
Dans leur majorité, les allergiques ont un système immunitaire assez sélectif qui ne «reconnaît» que les plantes d’un nombre limité de familles. Ce qui n’empêche pas certains d’entre eux, conclut François Spertini, «d’être, en plus, sensibles à des espèces moins fréquentes, comme le platane, le marronnier ou le châtaignier, donc à presque tout».
Allergies: à chaque saison ses pollens
Les plantes sont classées en différentes familles qui dispersent leurs pollens les unes après les autres pendant une bonne partie de l’année. Les personnes sensibles ont tout intérêt à savoir quand leur allergie va se manifester pour avoir à portée de main les médicaments adéquats.
Ce calendrier ne fournit que des indications générales qui peuvent fortement varier d’une année à l’autre, en fonction des conditions météorologiques. D’où l’intérêt de se référer au bulletin pollinique de MétéoSuisse (www.meteosuisse.ch) qui fournit des informations détaillées de la situation réelle.
Aulne, bouleau, noisetier (famille des bétulacées) et hêtres et chênes (Fagaceae)
Mi-février - mi-mai.
Ces arbres sont les premiers à fleurir. Le noisetier est le plus précoce d’entre eux, suivi par le bouleau. Puis, environ quinze jours plus tard, c’est au tour du hêtre et du chêne qui sont les plus tardifs.
Frêne
Début mars – mi-mai
C’est un arbre de la même famille que l’olivier, dont les pollens réagissent de manière croisée.
Graminées: céréales, dactyle, fléole, etc.
Mi-mai – début août
Cette famille végétale regroupe le blé, l’orge, le maïs, l’avoine, le seigle, mais aussi le dactyle (un genre d’herbe), ou encore la fléole des prés, fréquemment utilisée comme plante fourragère.
Herbacées: armoise, ambroisie, chénopode, solidage
Août – novembre
Dans cette famille, c’est surtout l’armoise qui provoque le plus grand nombre d’allergies en Suisse. Mais d’autres plantes sauvages ont aussi des pollens allergènes, comme l’ambroisie (ou ragweed, une plante originaire d’Amérique du Nord qui envahit actuellement l’Europe en remontant les vallées du Rhône et du Pô), le chénopode qui pousse au pied des arbres ou le solidage (appelé aussi verge d’or) que l’on trouve sur les terrains vagues et les voies de chemin de fer.