Ne m’appelez plus hystérie…
Selon Hippocrate, les symptômes résultent d’un utérus (hustéra en grec) migrant qui gêne la transmission de l’influx nerveux. Au XIXe siècle, le neurologue Jean-Martin Charcot présente des patientes en «grande crise hystérique» lors de ses leçons du mardi, impliquant depuis lors le cerveau comme siège de cette maladie. «Le concept ancien et stigmatisant d’hystérie a certes disparu, mais ces troubles, appelés troubles fonctionnels ou de conversion, représentent aujourd’hui une réalité fréquente et invalidante. C’est même le deuxième motif de consultation en neurologie, après les maux de tête», rappelle la Dresse Selma Aybek, cheffe de clinique au service de neurologie.
Brusque perte de connaissance, mouvements involontaires, paralysie d’un membre. Comment interpréter ces manifestations? Aujourd’hui encore, le diagnostic n’est pas toujours posé, alors que les signes cliniques sont connus des spécialistes comme la Dresse Aybek. Un exemple: «Lors d’une paralysie d’un bras ou d’une jambe, la réaction à un test de force est différente que lors d’un accident vasculaire cérébral.» En cas de doute, des examens complémentaires d’imagerie (IRM, PET-scan) ou d’exploration cérébrale (EEG) confirment la présence d’une tumeur, d’un AVC, une sclérose en plaques, la maladie de Parkinson ou l’épilepsie.
«Ce ne sont pas des simulateurs»
La spécialiste se réjouit de ces avancées: «Cela évite une longue errance diagnostique à ces patients. Leur dire ce dont ils souffrent est essentiel. Ils doivent être pris au sérieux: ce ne sont pas des simulateurs.» Comme pour beaucoup de maladies neurologiques, la cause des troubles fonctionnels est inconnue. Et la neurologue d’utiliser une analogie informatique pour expliquer la situation: «Le câblage (hardware) est en ordre, mais le programme (software) ne fonctionne pas.» De nombreuses recherches utilisant l’imagerie cérébrale essaient d’identifier la nature du dysfonctionnement cérébral.
Plusieurs facteurs de risque sont connus: être une femme (75% des cas), avoir subi un traumatisme psychique durant l’enfance (maltraitance, abus sexuel) ou récemment (deuil, licenciement, stress) ou un accident physique mineur (chute, malaise). Les traitements portent sur les symptômes: physiothérapie et ergothérapie pour les paralysies et tremblements, psychothérapie pour trouver des ressources pour faire face à sa maladie et gérer le quotidien, dépression et anxiété étant souvent associées. «L’objectif est d’offrir une prise en charge multidisciplinaire, adaptée à chaque situation individuelle. Lorsque nous adressons une patiente à un psychiatre, c’est parce que nous avons établi un diagnostic positif et non par exclusion, voire par dépit», relève la Dresse Aybek. Pour 60% des patients, les symptômes disparaissent ou demeurent légers; pour les restants, le handicap est sévère et chronique.
Quel rôle joue le stress?
La Dresse Selma Aybek s’est vu allouer une bourse de trois ans (600 000 francs) du Fonds national de la recherche scientifique pour le projet «L’hypothèse du stress dans le trouble de conversion». L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes du cerveau impliqués dans cette maladie, notamment d’identifier les dysfonctionnements. Il s’agit d’explorer au moyen d’une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle les régions cérébrales activées lors d’un stress chez des patients souffrant de ce trouble en comparaison à des sujets contrôles.
«Les personnes des deux groupes visionnent des images stressantes, par exemple des scènes de guerre, de violence ou de famine, qui vont activer ou non l’amygdale cérébrale qui gère les émotions. Il pourrait aussi y avoir des courts-circuits avec le système moteur», résume la chercheuse. L’étude porte aussi sur la sécrétion de l’hormone du stress (cortisol) et des facteurs de stress, comme un traumatisme dans l’enfance ou des événements de vie récents difficiles. Les profils génétiques seront en outre systématiquement évalués.
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Source: Magazine Pulsations – http://www.hug-ge.ch/sites/interhug/files/n28_pulsations_avr-mai-juin_2016.pdf
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