Médicaments contre l’obésité: oui, mais sous conditions

Dernière mise à jour 31/03/25 | Article
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Plusieurs traitements favorisent la perte de poids chez les personnes en situation de surpoids ou d’obésité. Des molécules ayant démontré leur efficacité, mais qui nécessitent d’être associées à une prise en charge globale.

«J’ai lutté toute ma vie contre le surpoids, puis contre l’obésité, et enchaîné les régimes de toutes sortes», confie Nadine. Sur les conseils d’une amie, la jeune retraitée prend rendez-vous à l’Unité d’éducation thérapeutique du patient des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «J’ai alors été vraiment prise en charge comme une personne qui souffre d’une maladie, ce qui était très précieux», poursuit-elle. Au cœur de ce suivi inédit: la prescription de médicaments contre l’obésité, remboursés sous des conditions très strictes et pendant une durée limitée. Efficaces sur le poids comme sur les conséquences de l’obésité sur la santé (diabète, maladies rénales et cardiaques, etc.), ils agissent à la fois sur le cerveau et sur le système digestif. Selon les études, ils permettent de perdre jusqu’à 20% du poids initial.

Une action double

À injecter soi-même une fois par semaine, ils contiennent du GLP-1 (Glucagon-like peptide 1), une hormone jusque-là prescrite en cas de diabète. «Au niveau du système nerveux central, celle-ci modifie le circuit de la récompense. Ainsi, la personne traitée est moins en recherche de nourriture, de sucres notamment», précise le Pr Zoltan Pataky, responsable de l’Unité d’éducation thérapeutique du patient et de la consultation d’obésité chez les adultes des HUG. «Avec les injections, j’ai perdu le besoin compulsif de calmer mes états d’âme avec de la nourriture», confirme Nadine.

Sur le plan digestif, la satiété se fait sentir plus rapidement avec le GLP-1. «La molécule ralentit la vidange gastrique et agit sur le centre de régulation de l’appétit», explique le Pr Tinh-Hai Collet, médecin adjoint agrégé au Service d’endocrinologie et diabétologie des HUG. Autant d’effets qui, cumulés, contribuent à ce que la personne mange moins et, ainsi, perde du poids.

En raison de leurs possibles effets secondaires (nausées, vomissements, diarrhées, constipation), les traitements sont initiés progressivement. Quelques mois ou années plus tard, leur arrêt se fait aussi par étapes: «La personne a besoin de temps pour s’habituer à vivre sans la béquille que pouvait représenter le traitement», décrit le Pr Pataky.

Chercher les vraies causes

Efficaces, ces médicaments le sont surtout s’ils sont couplés à des changements d’habitudes. «Une alimentation équilibrée et une activité physique adaptée doivent, a minima, être associées», souligne le Pr Collet. Des ateliers diététiques ou encore des séances de psychothérapie peuvent également être utiles. «Les médicaments seuls fonctionnent au tout début, mais pas sur le long terme. Un accompagnement par une équipe interdisciplinaire se révèle indispensable», poursuit le Pr Pataky. Ce suivi permet de repérer d’éventuels troubles du comportement alimentaire, ceux-ci étant fréquents, mais trop souvent négligés. «Un travail sur les émotions notamment est recommandé. Chercher les vraies causes de l’obésité, qui est une maladie chronique et multifactorielle, sans focaliser l’attention uniquement sur le poids, est la clé du succès», insiste l’expert.

Grâce à un suivi régulier, au changement de ses habitudes alimentaires, à la marche quotidienne et au traitement, Nadine a quasiment atteint son objectif de poids. «J’ai perdu 25kilos en 30mois et j’ai guéri de mon diabète de type 2 et de mes problèmes cardiaques liés à l’obésité. De belles victoires», conclut-elle.

Vers une nouvelle définition de l’obésité?

Dans de récentes recommandations, des expertes et experts internationaux ont remis en cause la pertinence du fameux indice de masse corporelle (IMC)* dans le diagnostic de l’obésité. «Il ne s’agit pas d’un changement de paradigme, mais plutôt d’un rappel de l’utilité de récolter d’autres données pertinentes, comme le tour de taille et la localisation des excès de masse grasse», analyse le Pr Zoltan Pataky, responsable de l’Unité d’éducation thérapeutique du patient et de la consultation d’obésité chez les adultes. Ces recommandations proposent aussi de parler d’«obésité clinique» ou, lorsque les organes fonctionnent encore normalement, d’«obésité pré-clinique».

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* IMC = poids (kg)/ taille (m)2

Article repris du site  pulsations.swiss

 

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